Internet à Cuba
Cuba accuse le blocus economique américain d'être à l'origine de la limitation et la cherté de l'accès à Internet sur l'île. Afin d'améliorer la communication avec le monde extérieur, le Vénézuela a posé dans l'océan un réseau de fibres de verre entre les deux pays. La capacité Internet sur Cuba a été ainsi multipliée par 3.000.
10 décembre, journée des droits de l'homme
"L'année 2011 a été une année extraordinaire pour les droits de l'homme", a indiqué Mme Pillay, la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, évoquant "un réveil mondial inattendu", dans un communiqué à l'occasion de la Journée mondiale des droits de l'homme célébrée le 10 décembre. Le Haut Commissariat a lancé récemment une campagne sur Facebook/Twitter et leur équivalent chinois Weibo pour faire connaître les articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée le 10 décembre 1948.
Jusqu'à vendredi, ces pages avaient reçu huit millions de visites, dont plus de six millions pour Weibo, selon l'ONU.
De plus en plus de Cubains se retrouvent sur Internet par l'intermédiaire des réseaux sociaux, malgré toutes les entraves existantes. Même le gouvernement cubain s'y présente - très prudemment - et se retrouve immédiatement confronté à ses propres ressortissants.
A la veille d'une importante conférence sur la liberté de l'Internet à La Haye, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Uri Rosenthal, a appelé à soutenir les blogueurs et les cyberdissidents du monde entier. Le ministre estime que la liberté d'accès à Internet fait partie intégrante de la liberté d'expression - et donc du droit de l'homme. Il a nommé en particulier l'Egypte, la Syrie, le Vietnam et la Thaïlande. Et également Cuba.
Jorge Landa est un Cubain de 47 ans qui habite depuis 25 ans en Espagne. Il dit être amoureux de Cuba. C'est pourquoi il a décidé, il y a quelques mois, de former un groupe sur Facebook avec quelques amis de jeunesse. "Facebook vit avec les différents fuseaux horaires, il y a toujours quelqu'un qui est réveillé et qui raconte comment s'est passé sa journée ou ce qu'il va faire ou comment vont ses enfants", dit Landa.
Pour tous les Cubains, le fait de communiquer avec les membres de la famille et les amis à l'étranger est d'une valeur inestimable. Lorsqu'ils ont quitté l'île il y a 20 ans, ils étaient obligés de perdre le contact avec tous leurs êtres chers.
Maintenant, la distance est devenue beaucoup plus courte. Landa : "Nous sommes un groupe de 170 personnes et nous habitons dans différents pays : Israël, Espagne, Etats-Unis, Argentine, Uruguay et Curaçao. Une partie importante du groupe habite toujours à Cuba. Le plus important est d'enjamber les différences, idéologiques et religieuses. Par le biais de photos anciennes, d'anecdotes, d'histoires du passé nous pouvons à nouveau revivre le temps."
A la recherche de clients
Bien que l'accès à Internet soit limité, de plus en plus de Cubains réussissent à se faufiler dans le cyberespace - surtout des entrepreneurs. "C'est une manière très efficace de promouvoir nos activités et d'avoir de nouveaux clients", dit Esperanza Pérez, une femme d'affaires qui a décidé il y a deux mois de présenter à La Havane son entreprise Fiestarte, spécialisée en organisation d'événements, par le numérique. "De nombreuses personnes qui ont une entreprise privée ont des avantages à être sur Facebook."
L'accès aux réseaux sociaux de Cuba se développe et l'application en est très diverse : donner de l'information et en recevoir, proposer de l'aide, faire des affaires, rencontrer des gens, retrouver des anciens amis, etc. Le mois dernier, tout le monde a pu suivre la difficile confrontation entre Mariela Castro, la fille du président cubain, et la blogueuse et dissidente Yoani Sánchez. C'étaient les premiers pas de Mariela Castro sur Twitter, et elle fut réellement effrayée de se rendre compte qu'elle pouvait être contredite aussi facilement.
"Ce fut une énorme surprise", ajouta Yoani Sánchez. "Je pense que c'est pour cela que les réseaux sociaux sont une trouvaille importante : ils sont horizontaux, il n'existe pas de hiérarchie, nous sommes ici tous égaux. L'échange avec Mariela était très révélateur; dans le Cuba réel, nous ne sommes pas égaux, mais dans le cyberespace nous parlons la même langue face à face et nous devons bien nous écouter les uns les autres", affirme madame Sánchez. Son weblog a été nommé explicitement dans l'appel du ministre Rosenthal soutenant les cyberdissidents.
Accès limité
Tout le monde n’a pas accès à Internet à Cuba. Le gouvernement accorde l’autorisation à ceux qui en ont besoin pour des raisons professionnelles. De même les étrangers qui vivent sur l’île et les grands hôtels sont autorisés à avoir une connexion Internet. Mais certains Cubains ont élaboré leurs propres méthodes pour pirater un réseau et s’en servir.
"Mes compatriotes son très créatifs : ils achètent des connexions Internet piratées sur le marché noir ou ils utilisent des SMS pour publier des informations sur les réseaux sociaux, comme moi je fais sur Twitter. Il y a aussi des gens qui revendent illégalement leur connexion obtenue à titre professionnel ou qui paient les prix élevés des connexions Internet dans un hôtel : une heure coûte entre 6 et 10 euros’’, poursuit Yoani Sánchez.
"Si cette génération des jeunes obtient l’accès aux réseaux sociaux, il y aura toutes sortes de courants. Je pense que si nous commençons à nous "entraîner" dans le Cuba virtuel, les réunions dans le Cuba réel seront beaucoup moins violentes, moins traumatisantes. J'ai l'espoir que le réseau social sera une sorte d'exercice en (bonne) citoyenneté que nous pourrons appliquer plus tard dans la vie courante".
Les autorités cubaines voient la popularité croissante des réseaux sociaux sans grand enthousiasme. Bruno Rodriguez, le ministre cubain des Affaires étrangères, a plaidé pour une stratégie politique afin de développer "des réseaux sociaux indépendants afin qu'ils puissent offrir une réelle alternative et qui puissent se détacher de la dictature des entreprises américaines comme Microsoft et Apple". Une alternative à l'américain Facebook est le cubain RedSocial, une création du gouvernement cubain, où l'on peut ne se connecter que depuis Cuba et qui a plus de 7.000 utilisateurs.













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