Environ six mètres de long sur quatre mètres de large. Ce pourrait constituer une salle de conférence n'importe où dans le monde. Murs badigeonnés, écran plat ; facile d'imaginer un groupe de personnes assis ici, parlant, regardant une présentation, en prenant des notes.
Par Bram Posthumus, Bissau
Pas si facile d'imaginer plus d'une centaine de personnes incarcérées ici, dans la chaleur, la saleté et la puanteur des excréments humains. Voilà comment elle était, car cette chambre était une prison souterraine. La lourde porte en fer, peinte d'un bleu vif, en est un rappel. "Vous savez, nous avons ajouté une fenêtre à côté de la porte et les gens ont parfois du mal à respirer", explique Nelson Constantino Lopes, qui m'a amené à cet endroit. Il m’indique deux trous tout en haut du mur. "C'est par là que l'air passe. Des prisonniers sont morts asphyxiés. "
Interrogatoire souterrain
Nelson Constantino Lopes est le coordinateur de la Casa dos Direitos, la Maison des droits de l'homme et le fait qu'elle soit logée dans cette enceinte est délibéré. "C'est la toute première prison jamais construite en Guinée-Bissau. Beaucoup de choses barbares se sont passées ici. Ce fut une maison de tortures et d'assassinats. Maintenant, c'est un espace ouvert, un endroit où nous travaillons pour les droits de l'homme ".
Les Portugais l’avaient construite et utilisée comme un centre d'interrogatoire souterrain. Les libérateurs, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), sous la direction du charismatique Amilcar Cabral avaient promis de la fermer après l'indépendance.
Ils ne l'ont pas fait. Cabral a été assassiné et la Guinée-Bissau est devenue un État à parti unique. "La torture a continué ", se souvient Constantino Lopes. "Maintenant que nous l'avons transformée en une maison des droits de l'homme, nous avons des gens qui entrent et disent qu'ils ont été emprisonnés ici. Ils ne nous disent pas tout ce qu’ils ont dû subir. Mais nous cherchons à trouver des moyens pour les aider, afin qu'ils puissent s'épancher. Il est important que nous racontions l'histoire de cette maison, c'est important pour la mémoire collective de ce pays ".
En prison pour raisons politiques
Nelson s'est engagé dans la défense des droits de l'homme depuis qu'il était étudiant. Et il a une lien personnel avec l'endroit où il travaille maintenant. Son père a passé du temps dans le cachot au-dessous de son bureau. "Il travaillait pour le Ministère portugais de l'Intérieur, en tant que chef de la police. Il a continué à travailler après l'indépendance. Il est allé en prison pour des raisons politiques. La Guinée-Bissau post-indépendance était un lieu d'une intolérance inquiétante, un lieu où des milliers de personnes ont disparu, ont été torturées et tuées".
Mais pour Nelson, ce n'est pas seulement le passé qui compte. "Oui, l'emprisonnement de mon père est une forte motivation pour moi de continuer. Mais il s'agit d'une chose beaucoup plus importante que mon père. Avant moi, il était sur la même voie ... une voie qui débouchera sur une nouvelle république. J'ai des enfants et je veux qu'ils vivent dans une Guinée-Bissau où il y a la paix, où les droits de l'homme sont respectés, où il y a plus de liberté et moins de pauvreté ..."
C'est donc étrangement ironique que la cause de la plupart des problèmes actuels de la Guinée Bissau réside de l'autre côté de la route, juste en face de la Casa dos Direitos, dans le fort militaire que les Portugais avaient également construit. C'est de là qu'est parti le coup d'État du 12 Avril, entre les deux tours des élections présidentielles.
Inacceptable
Constantino Lopes est déterminé. "Il s’agissait là un coup d'État contre la volonté du peuple. Et ils ne peuvent même pas manifester contre, ce qui est pourtant leur droit constitutionnel ". Et que fait-il du gouvernement de transition, dont la mise en place a été facilitée par le Groupe régional de la CEDEAO ? Il répond avec un sarcasme palpable. "C'est impressionnant : nous vivons dans un État où un ministre d'un pays voisin peut venir et nous dire: voici votre président. Impressionnant! Mais inacceptable. Nous n'avons pas besoin de régime transitoire. Nous avons besoin d'un président élu qui termine son mandat. Nous avons besoin d'une réforme de l'armée. Nous avons besoin de normalité. Oui, ce coup est une dure leçon.
Mais laissez-moi vous assurer : nous avons entrepris la marche vers une nouvelle république et tout en constituant un recul, ce coup d'État ne saurait nous arrêter."
Cet article est le troisième d'une série de trois, publiés ces derniers jours.

















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