Posséder un ordinateur ou un téléphone portable reste encore un luxe pour de nombreux burkinabé. Pour "être à la mode" et rejoindre la civilisation technologique, comme le disent certaines personnes ici, d’autres se rabattent sur ce qu’on nomme les appareils "France-au–revoir".
Yaya Boudani, Ouagadougou, Burkina Faso
Ces appareils sont des objets usagers (ordinateurs, téléphones, réfrigérateur, téléviseurs…) importés de l’Europe et déversés sur les marchés africains. Ces machines à la durée de vie incertaine se retrouvent après quelques mois d’utilisation (pour les plus chanceux) à la poubelle ou dans les canaux d’évacuation d’eaux usées. "Je les jette à la poubelle. Je ne sais pas s’ils sont dangereux ou pas. Ils ne sont plus utilisables donc ils ne sont bien que pour la poubelle", nous confie, tout souriant Fulbert, un réparateur.
Matériels toxiques et dangereux
Pour aider les réparateurs et utilisateurs de matériel électronique à ne pas jeter ou brûler leurs matériels hors de service, Alassane Sanou, le responsable de l’atelier du Bocage à Ouagadougou, organise des séances de sensibilisation. L’objectif est d’expliquer les dangers que représentent ces appareils. "La batterie de téléphone est petite mais elle est toxique et peut polluer environ 600 litres d’eau. L’agence de traitement d’eau du Burkina ne peut traiter cette eau polluée. Le tube cathodique de l’ordinateur renferme une substance qui, inhalée, fait grossir le cerveau de manière irréversible", prévient-il.
14 tonnes de déchets collectés en 2010 et renvoyés en Europe
Le recyclage du matériel électrique et électronique est du domaine des spécialistes. Alassane et ses hommes recueillent, traitent et conditionnent le matériel électrique et électronique. "Les ordinateurs sont mis en pièces : les écrans, le plastique, les composants électroniques sont mis chacun dans un bac précis. Hormis le fer, l’aluminium et le cuivre, tout le reste est expédié en Europe", affirme-t-il. "Nous avons constaté que les burkinabé n’avaient accès aux ordinateurs. Nous avons mis en place un partenariat avec les ateliers du Bocage en France, qui nous envoient des ordinateurs de récupération. Ces machines sont mises à la disposition des plus pauvres. Et à l’inverse nous leur expédions les ordinateurs usés", explique Alassane.
Les déchets transformés en objet d’art
Une partie du matériel traité est ensuite vendu aux artisans locaux. Pour la confection de certains objets d’art. L’aluminium, le fer, le cuivre et le bronze servent à l’artisanat. "Quand il y a la matière première, je fonds 500 kilogrammes de fils usés tous les mois. Ordinairement le prix du kilogramme est de 2000 F CFA. De nos jours, c’est difficile d’en avoir car les fournisseurs préfèrent les vendre aux acheteurs internationaux à 3500 F CFA par kilogramme", déplore Karim Dermé, un artisan. Pour aider ces artisans locaux, l’atelier de bocage de Ouagadougou leur livre le cuivre et l’aluminium issus des ordinateurs au prix de 1500 F CFA le kilogramme".
Yoda Philippe s’est spécialisé dans le recyclage de plastique. Avec les déchets collectés, il confectionne des bacs à ordure, des meubles, panneaux de signalisation etc. "Nous recyclons environ 4 tonnes de plastique par mois".
Troisième volet d'un triptyque sur la problématique des déchets en Afrique. Premier volet, sur le Ghana : mercredi 15 juin 2011. Deuxième volet, sur le Ghana et l'Ouganda : jeudi 16 juin 2011.
















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