Cuba sans prisonniers politiques. C’est comme qui dirait : Fidel Castro sans barbe. Et pourtant… le moment semble proche. En plus, le verrouillage de blogs dissidents sur l’Internet va être levé. Que se passe-t-il exactement ? Les Castro se sont-ils convertis à la démocratie ?
Exactement un an après la mort du dissident Orlanda Zapata, notre spécialiste d’Amérique latine Edwin Koopman nous emmène en un lieu où, quelle que soit la façon dont on regarde les choses, on ne sait jamais ce que l’on voit.
Les frères Castro
Bienvenue à Cuba ! Prenez place dans le théâtre délabré mais surprenant de l’illusion et laissez-vous induire en erreur par les frères Castro, les maîtres de l’apparence. Les vieux illusionnistes ne vous rendront pas la visite facile. Vous penserez sans cesse voir quelque chose, mais vous n’en serez jamais sûrs. Ce qui se passe réellement ? Ils ne vous le diront pas. Les choses sont concoctées en petit comité et à huis clos et, malheureusement, elles ne sont pas suivies d’une conférence de presse.
Le show a déjà commencé. Les uns après les autres, les dissidents surgissent, comme des colombes blanches, des chapeaux des illusionnistes. Prisonniers depuis 2003 – au total 75 – et condamnés à plusieurs dizaines d’années de prison pour avoir émis leur opinion. Mais aujourd’hui ils sont relâchés. Et puis après ? Applaudissements ? Pas de démocratie sans liberté !
Eglise catholique
Tout cela, grâce à l’Eglise catholique, qui a plaidé avec insistance en faveur de ce show. Et grâce au dissident Orlando Zapata, mort il y a un an d’une grève de la faim pour obtenir la libération de ses camarades et de lui-même. Et grâce aussi au dissident Guillermo Fariñas, qui après la mort d’Orlando Zapata a arrêté de s’alimenter et devant lequel les Castro ont cédé pour ne pas être une fois de plus montrés du doigt par la communauté internationale.
Dans les coulisses, loin du regard du public, Fariñas est arrêté puis relâché, arrêté puis relâché. La mère d’Orlando Zapata est arrêtée, parce qu’elle ne peut garder le silence. "Orlando vit !", lance-t-elle à un agent de police. Depuis un an, elle vit l’enfer, harcelée par la police. Et le Cubain de la rue ? Il ne connaît même pas les dissidents et il ne veut pas les connaître.
Salaire hebdomadaire
Et pourtant, on croirait à un changement : le tour des blogueurs ! Pendant des années, les blogs des journalistes et blogueurs dissidents, comme Yoani Sánchez, ont été bloqués à Cuba et ne pouvaient être lus qu’à l’étranger. Et maintenant : un claquement de mains et les voilà ! D’un coup de baguette, les Castro apportent la libre parole sur scène, tout le monde est autorisé à surfer à volonté ! Raúl s’incline. Applaudissez-le ! Pas de liberté sans information ! Vous l’avez vu en Egypte. Les médias sociaux chassent les dictateurs. D’ici peu, Cuba pourra utiliser Twitter et Facebook. Dommage qu’il n’y ait pas de Cubains dans la salle, les billets étaient trop chers. Chez soi, personne n’a l’Internet et dans les hôtels l’accès à la Toile coûte six dollars l’heure : le salaire hebdomadaire d’un Cubain.
Pas de problème ! Il y a encore un dernier acte. Les Castro font sortir un lapin de leur chapeau : le supercâble. Grâce au Venezuela, Cuba est relié désormais à l’Internet à large bande. Applaudissements ! Pas d’information sans l’Internet ! Dehors la lenteur, dehors l’embargo américain ! Vive la démocratie ? Vous n’avez qu’à consulter le Granma, le programme hebdomadaire des frères illusionnistes Fidel et Raúl. Le nouveau câble n’entraînera "pas d’explosion d’informations", avertit-on. Large bande ne signifie pas communication "plus large". Toujours pas d’Internet pour le Cubain de la rue.
Démocratie
La nouvelle capacité est destinée aux entreprises nationales et aux autorités cubaines. Ces deux secteurs vont licencier, les mois à venir, 1 million 500.000 employés. Acte principal pour le prochain show des maîtres rusés : la liberté pour gagner son propre argent. Les anciens fonctionnaires doivent exploiter leurs propres petites entreprises. Cela ne peut conduire qu’à un plus grand espace politique, n’est-ce pas ?
Venez donc tous au théâtre de l’illusion, où il faut bien prendre place pour savoir si elle va arriver, la démocratie. Car elle disparaît au moment même où on ait pu la voir.















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