Les forces de Gbagbo regagnent du terrain
Alors que Laurent Gbagbo vit retranché dans sa résidence à Abidjan, ses combattants ont regagné du terrain vendredi à Abidjan et la radio-télévision ivoirienne (RTI), qui était réduite au silence depuis quelques jours en raison de la progression des forces d'Alassane Ouattara, a de nouveau émis pour lancer un appel en sa faveur. La RTI a fait savoir que le régime de Laurent Gbagbo était toujours en place et invité la population à se mobiliser en sa faveur.
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Réactions à Abidjan
"C’est avec grand désarroi que j’ai appris que les forces pro-Gbagbo ont gagné du terrain, en récupérant le Plateau et Cocody, là où se trouvent les grandes administrations et les chancelleries étrangères. Il faut s’attendre à vivre de violents combats quand les hommes de Ouattara essaieront de reprendre le contrôle de ces zones", affirme, blasé, Amara Kamagaté.
"Ce que nous vivons ressemble un peu au scénario libyen où à chaque fois un camp prend le contrôle d’une zone et se l’a fait chopper ensuite par l’autre. Et l’instabilité et l’insécurité grandissent", s’énerve Charles Amouyé.
"Gbagbo n’abdiquera pas. Il l’a fait savoir clairement par la voix de son porte-parole. Il le démontre en ce moment; il essaie de gagner du terrain. Il se sait perdu et veut entraîner dans sa chute tout le pays. Ouattara doit être ferme, son armée doit débusquer Gbagbo pour éviter le chaos", soutient fermement Paul N’Dabian.
Alassane Ouattara, seul président de Côte d’ivoire reconnu par la communauté internationale, a rassuré ses compatriotes lors d’une allocution télévisée : les magasins ainsi que les hôpitaux vont être réapprovisionnés. L’économie bien mal en point en ce moment va se redresser. Cependant, le pays vit toujours un chaos complet à la suite de la lutte pour le pouvoir qui sévit entre l’ancien et le nouveau président. Ouattara s’y salit également les mains. Les Pays-Bas devront-ils le soutenir ou au contraire le condamner ?
Les images que l’on voit et les nouvelles que l’on entend sur les nombreuses atrocités commises proviennent entre autres des villages situés dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et qui soutiennent Laurent Gbagbo. Meurtres, viols, pillages, personnes brûlées vives - ces horreurs sont constatées également à Zuénola, le village natal de Félicité Ritsma. Félicité habite depuis 25 ans aux Pays-Bas, mais entretient dans la mesure du possible de nombreux contacts avec sa famille en Côte d’Ivoire. Félicité Ritsma décrit les cruautés des milices de Ouattara :
"Ils tuent des gens, vous ne pouvez pas l’imaginer. Des Africains aussi bien que des étrangers. Ils violent les femmes. Toutes les choses horribles imaginables dans ce monde, ils les font ! "
Modèle connu
Klaas van Walraven, chercheur au Centre d’études sur l’Afrique de Leyde (Afrika Studie Centrum), est réservé sur la question de savoir si Ouattara peut être tenu responsable de ces bains de sang. En tant que vainqueur de l’élection, il est moralement et politiquement responsable du cours des événements en Côte d’Ivoire. Van Walraven se demande si Ouattara peut être incriminé personnellement pour ce qui se passe. Ce qui se voit actuellement en Côte d’Ivoire est cependant reconnaissable :
"Tout cela se passe selon un modèle que l’on rencontre dans de nombreux conflits en Afrique. Les troupes de Ouattara, si elles sont en effet impliquées dans ces actes, sont des milices rebelles. Dans le passé, il a déjà été question de manque de discipline. Il est donc possible qu’elles aient trempé dans ces agissements."
Devant le juge
Van Walraven ajoute : c’est surtout en Afrique que ce type de conflits internes prennent une tournure sordide. Très souvent, les combattants se retournent contre la population civile au lieu de se battre contre les autres milices. Selon le chercheur, il est inutile de bannir Ouattara pour les violences de ces derniers temps. Van Walraven s’irrite de cette manière "occidentale" de réagir : personne n’y gagne à boycotter Ouattara, d’autant plus quand on voit la situation humanitaire dramatique qui règne à Abidjan.
Ouattara lui-même a déjà plaidé pour demander la Cour pénale internationale de La Haye de se pencher sur la violence actuelle en Côte d’Ivoire. Même Félicité Ritsma, opposée à Ouattara, s’en réjouit :
"Oh oui, oh oui, monsieur ! Beaucoup, car j’ai reçu une vidéo hier. Je vais la copier et, je réfléchissais, je vais faire une copie de cette vidéo et l’envoyer à La Haye afin qu’ils voient ce qui se passe. Car les gens parlent, parlent, mais ils n’on pas vu le film."
La France, qui essaie de rétablir l’ordre avec ses milliers de militaires dans son ancienne colonie, a déjà promis qu’elle allait diffuser des informations à la CPI. Les preuves des violences perpétrées proviennent entre autres des troupes françaises qui sont postées dans les régions touchées.
Le spécialiste de l’Afrique qu’est Van Walraven ne voit pas dans quelle mesure les Pays-Bas pourraient intervenir directement en Côte d’Ivoire :
"Je pense en général que la politique des Pays-Bas peut être coordonnée avec celle de l’Union européenne. En fin de compte, c’est quand même la France qui prend l’initiative en Côte d’Ivoire. J’insiste sur le fait que la présence des Nations unies en Côte d’ivoire sera encore exigée pour une durée assez longue. Il est illusoire de penser que la stabilité du pays va se rétablir à court terme."













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