Depuis la fermeture de la frontière entre le Nigeria et le Cameroun, suite aux récents attentats au compte de la secte islamiste Boko Haram, les activités dans cette zone frontalière dans le nord des deux pays sont au ralenti. Plusieurs chefs de famille sont désormais au chômage et trouvent cet acte de fermeture trop dur comme mesure. Selon eux, les Boko Haram ne sont pas à la frontière.
Eric Kouamo, Amchide
"Maudits soient les Boko Haram !", s’exclame El Adj Amadu lors d’une conversation de groupe en Fulfulde, la langue locale propre à la communauté musulmane du nord du Cameroun. Il digère mal le ralentissement des activités commerciales au marché du village voisin de Bama, en territoire nigérian. Depuis que le président Jonathan Goodluck a décidé de fermer la frontière vers le Cameroun, les affaires vont mal, très mal.
En raison de sa proximité avec le Nigeria, le nord du Cameroun constitue un pôle important d’échange commercial. "Avant, on pouvait égorger quatre à cinq bœufs par jour. On les écoulait aux acheteurs venus du village voisin, de Bama au Nigeria. Cela nous permettait de nourrir nos familles. Mais depuis la fermeture de la frontière, la vie est devenue difficile. On n’a plus rien. Plus d’argent, rien pour nourrir nos enfants."
Interprétations diverses
Du côté nigérian, les populations interprètent la fermeture des frontières comme étant une mesure sécuritaire préventive pour empêcher aux potentiels adeptes de la secte Boko Haram d’établir une base arrière dans le pays voisin. Mais du côté camerounais, les habitants d’Amchide y voient plutôt un véritable frein à l’économie du village frontalier, un frein aussi à l’épanouissement communautaire. "Amchide et Limani sont dans la paix. Depuis qu’on nous parle de Boko Haram, on ne les a pas aperçus une seule fois ici. Ils sont au Nigeria et pas ici. Mais partout où tu vas, on te parle de Boko Haram. Tu rencontres un policier, il te dit Boko Haram. Partout, le même mot, Boko Haram. Ils ne sont pas chez nous. Il faut qu’on nous laisse vivre en paix", implore Boubakary, un commerçant spécialisé dans l’importation et l’exportation de marchandises. La mine grave, il pointe du doigt un stock important de marchandises non écoulé, dans un magasin de fortune.
Pertes économiques
L’échange commercial entre le Cameroun et le Nigeria a pris du plomb dans l’aile dans la partie nord du pays. Selon les services de la douane camerounaise, le pays va perdre plus de 50 millions de Francs CFA (76.000 Euro). "Ces recettes douanières ont déjà chuté et continuent d’ailleurs de le faire. On a perdu prés de 90% de nos recettes", explique un jeune douanier assis derrière un bureau au centre régional de la douane. Avant la fermeture de la frontière, ils passaient leurs journées sur le terrain, à la frontière, pour un exercice de contrôle et de collecte de la recette. "Depuis, on passe plus de temps à se tourner les pouces sur le terrain. Les activités ne sont plus intenses autour de la frontière", confie-t-il.
Pour les commerçants, le temps presse. Leur patience est à bout. Ils espèrent que les dirigeants des deux côtés de la frontière commenceront à s’intéresser à leur problème existentiel, en trouvant des mesures adaptées aux besoins des gens de la région. "Il faut qu’on ouvre cette frontière et qu’on prêche plutôt la paix au sein des populations musulmanes des deux pays de cette région. Cela permettra d’éviter les possibles recrutements des membres dans le Boko Haram", recommande un commerçant avec un air de regret pour les pertes économiques.














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