Au Sénégal, les preuves de la création alternative d'emplois qui attirent les jeunes "Servez-vous" s'accumulent (voir le 3ème volet). Selon les statistiques, on compte ici plus de 12,5 millions d'habitants. Plus de la moitié d'entre eux ont moins de 20 ans et le pays fait face à une brusque explosion de la jeunesse, une hernie, dont au moins 30 pour cent est âgée de 15 à 29 ans (voir le 1er volet). Et que font ces jeunes ? Vont-ils en prison ? Certains. Se rebellent-ils ? Certains. Font-ils la guerre? Pas encore. Emigrent-ils ? Oui, pour beaucoup.
Ils ne font plus la une des journaux mais partent vers d'autres horizons. Certains réussissent très bien. Nombreuses sont les histoires à succès des stars de la musique, des footballeurs et des quelques commerçants, entrepreneurs ou escrocs.
Mais même les pays riches n'ont pas besoin d'un grand nombre de sportifs, de rappeurs et encore moins d'artisans, de commerçants ou de chauffeurs de taxi. Ils ont besoin de travailleurs inexpérimentés çà et là, notamment dans le bâtiment et dans l'industrie hôtelière. C'est là que finissent de nombreux migrants, en marge d'une économie souterraine. Mais cette histoire-là ne parvient jamais aux oreilles des proches, restés au pays.
Et pendant ce temps, l'hebdomadaire La Gazette publie une liste interminable d'incidents violents impliquant des gardes de "sécurité" autoproclamés. Les chefs religieux sont principalement ceux qui s'entourent de ces jeunes combattants. Mais le parti au pouvoir s'est aussi mis à utiliser des gangs, connus localement sous le nom de "nervis", pour intimider et harceler l'opposition. Lutteurs (autres symboles d'argent et un énorme marché au Sénégal), célébrités, tous engagent du personnel de sécurité informel et débrouillard. Officiellement, c'est illégal.
Alors voici la question. Le gouvernement et les chefs religieux du pays ont-ils une opinion sur le sujet ? Il semble que oui. Ils ont l'air de penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Si ces jeunes hommes se débrouillent seuls et créent leur propre emploi et bien... l'élite peut se détendre. Mais attention aux conséquences. Elles risquent d'être graves : quelle distance nous sépare encore de l'émergence d'un racket à caractère religieux ? Un signe évident de cette tendance était visible lors d'un pèlerinage vers une importante ville de l'Islam sénégalais cette semaine : la jeunesse contrôlait la décence de la tenue des femmes.
Qu'est-ce qui nous sépare encore de la mise en place d'une "Operation Pay Yourself" (Opération "Servez-vous") ?
Ou bien nous sommes témoins, comme dans l'ancienne Europe pendant des siècles (voir le 2ème volet), de la naissance douloureuse de nouveaux empires à travers l'émigration de masse ? Les diasporas établies depuis longtemps ont joué un rôle important dans la construction d'économies expansives, que l’on pense à l'Inde ou à la Chine. Et pourquoi pas l'Afrique ?
C'est probablement toutes ces choses. En ce qui concerne la théorie de l’hernie de Gunnar Heinsohn, je doute que ce soit l'unique raison qui explique la violence mais il me semble que son fond est valable. Une société composée d'un surplus de jeunes hommes qui n'ont rien à faire est une société vouée aux problèmes. Les dirigeants de cette société ont les mêmes possibilités que leurs homologues européens dans le temps. Créer de l'emploi pour ces jeunes hommes. Les mettre en prison. Les envoyer ailleurs. Ou se préparer à être pendus, égorgés et coupés en morceaux.
Et l'Occident, dans tout cela ? C'est simple : il fait les frais des "hernies" du reste de la planète. Après tout, l'ancienne Europe a bien envoyé ses hommes par delà les océans pendant des siècles ; aujourd'hui, le reste du monde lui rend juste la monnaie de sa pièce.





















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