Vous l’avez-vu ?
Regardez – elle marche juste derrière ces gardes du corps… ce n’est pas… ?
Ah, je ne me souviens pas de son nom, il n’était pas ministre de… ?
Au Meridien, qui vient changer de propriétaire, c’est l’heure de regarder les gens. Plus grand qu’un grand hangar d’aéroport, on pourrait facilement organiser ici une demi-douzaine de conférences internationales et il resterait encore des salles libres.
Clic ! Photo ! Clic ! Clic ! Clic ! C’est Alassane Ouattara, le président de la Côte d’Ivoire, actuellement à la tête de la Cédéao, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Il apparaît détendu, allant d’une salle de conférence à l’autre, parlant avec l’un de ses assistants.
Ouattara et ses collègues sont ici pour discuter du futur de deux des leurs. Le premier, le Mali, a récemment perdu son chemin. Il y a eu une rébellion armée qui s’est fâchée contre le gouvernement endormi et puis un coup d’Etat qui a renversé le dit gouvernement. Maintenant, c’est une démocratie ratée, physiquement coupée en deux et gérée par des soldats récalcitrants.
Regardez, ils sont là, entre les chaises et les enseignes de produits hors taxes, les hommes en uniforme du Mali qui viennent d’étrangler à mort leur jeune démocratie. Clic – clic – clic ! ‘Nous avons été trop gentils avec eux’, ironise un journaliste.
Retournez-vous ! Photo ! Clic – clic – clic ! Traversant le hall, l’allure majestueuse comme toujours, c’est Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia.
Regardez là-bas ! Ouah ! Il est vraiment très élégant. Goodluck Jonathan, du Nigeria, arrive avec son costume couture et son chapeau. Clic – clic – clic ! Pas encore de signe du président sénégalais flambant-neuf , Macky Sall, mais il n’y a aucun doute : le Sénégal est de retour. De retour sur la mappemonde et de plus : le monde nous prend au sérieux à nouveau.
Regardez là-bas ! Là-bas ! Ce n’est pas… ? Ah ! Raté. Pas de clics.
Mais nous sommes ici pour discuter de problèmes, n’est-ce pas ? Nous avons fait un essai avec le Mali. Le problème numéro 2 se prénomme Guinée-Bissau. Ce pays ne s’est pas égaré – il n’a jamais trouvé son chemin. Dans les années 1970, il s’est battu contre le joug colonial portugais et depuis son indépendance il a été gouverné par (1) un parti politique hypertrophié ou (2) par une armée hypertrophiée.
Maintenant les soldats sont de nouveau au pouvoir : ils sont aussi les principaux partenaires commerciaux des barons de la cocaïne. A la conférence du Meridien, la tâche semble facile : trouver un accord sur la transition en désignant un président d’intérim et fixer une date pour les élections. Et puis attendre le prochain coup d’Etat. Mais il va falloir davantage de temps, de patience et de ressources pour résoudre le problème du Mali.
Non, je n’ai pas attendu la conférence de presse. Mais avant de partir, j’ai été témoin d’une tornade. Un grand nombre de costumes et d’oreillettes ont défilé précipitamment à travers le vestibule. Les conversations se sont tues. Mais qu’a-t-il bien pu se passer ?
Quoi !??? Tout ce remue-ménage pour le dirigeant de la plus petite nation de la conférence ? “Oui, il est paranoïaque”, lance un pince-sans-rire. C’est ce qui arrive lorsque l’on est à la tête d’un paradis de tourisme sexuel, d’une opération armée, d’une machine à blanchir de l’argent et d’un commerce de contrebande de drogues. Et d’un Etat policier. Moi aussi, je serais inquiet. Et fatigué aussi.
Le lendemain matin, un nombre inhabituel d’avions décollent de l’aéroport de Dakar. Peu de visiteurs ont donc laissé passer leur chance de passer une nuit supplémentaire dans la meilleure ville d’Afrique de l’Ouest, Dakar.














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