Une enquête menée récemment par Radio Nederland Wereldomroep révèle que les médecins privés en Zambie, en particulier les médecins chinois mal réglementés, continuent de pratiquer des avortements à des tarifs extrêmement bas, et ce malgré l’interdiction du gouvernement sur cette pratique.
Frederick Mwansa, Lusaka
Je suis allé dans plusieurs cliniques privées de Lusaka, la capitale zambienne, en prétendant être le mari d’une femme voulant avorter. Je me suis rendu compte que pour environ 20 euros, les femmes peuvent faire interrompre leur "grossesse non-désirée" dans la plupart des cliniques de la ville.
Selon mon enquête, aussi bien les médecins que les guérisseurs traditionnels sont pleinement conscients qu’en fournissant "un service médical à risque élevé" ils commettent un délit grave, équivalent au meurtre selon la loi zambienne. Toutefois, ils poursuivent leurs activités sans inquiétude.
"Certaines grossesses peuvent mettre en danger la vie de la mère, et certaines mères peuvent ne pas être en situation, financièrement, de s’occuper correctement de leur enfant à la naissance, donc nous essayons de les aider", dit une femme médecin chinoise qui requiert l’anonymat. "Notre souhait n’est pas que les femmes avortent, mais nous le faisons sur demande".
Avortements illégaux
Une femme médecin d’une clinique populaire chinoise du township de Kabwata, à Lusaka, a accepté de pratiquer un avortement sur ma partenaire sans même la questionner sur les raisons qui motivaient sa demande. Elle a simplement indiqué le prix (38 euros) et dit qu’elle ferait l’opération dès que la somme serait payée. Nous avons promis de revenir plus tard.
Dans trois autres cliniques (une zambienne et deux chinoises), situées en plein centre de la capitale, les médecins ont accepté de faire un avortement pour la modique somme de 20 euros. Ils nous ont promis des résultats rapides et satisfaisants.
Dans une interview, le Dr Reuben Mbewe, le porte-parole du ministère de la Santé, a menacé d’arrêter et de poursuivre en justice les cliniques privées pratiquant des avortements, interdits par la loi zambienne.
''Sauver des vies''
Mais selon Rodwell Vongo, président de l’association des guérisseurs traditionnels de Zambie THAPZ et lui-même guérisseur traditionnel, les médecins proposant leurs services ne sont "pas des criminels mais des professionnels qui contribuent à sauver des vies". Les autres médecins soutiennent le point de vue du Dr Vongo.
On remarque aussi qu’avec la propagation du VIH/sida et l’augmentation du niveau de la pauvreté, un nombre croissant de femmes s’adressent à des cliniques privées pour avorter et éviter les frais élevés d’éduquer un enfant.
Mary Kanchule (un pseudonyme), 27 ans, déclare avoir avorté à l’âge de 16 ans parce que sa grossesse était une "erreur" et que son petit ami était chômeur donc incapable de subvenir aux besoins de l’enfant après sa naissance. L’interruption de la grossesse a été effectuée par un guérisseur traditionnel, qui opère sur un marché local.
"Parfois je me sens coupable d’avoir avorté, mais je ne pouvais rien faire d’autre", dit-elle.
Risques et regrets
Juliet Katebe, une vendeuse de 23 ans, regrette sa décision d’avorter. Elle est tombée enceinte à l’âge de 15 ans et ses parents ont alors décidé qu’elle avorterait dans une clinique privée.
"Mes parents se sont occupés de tout et ont payé l’opération, parce qu’ils trouvaient que j’étais trop jeune pour avoir un bébé et ils voulaient que je poursuive mes études, dit-elle. Ça a été une expérience douloureuse et j’ai failli mourir. Le médecin a dû rompre le placenta pour parvenir au fœtus, poursuit-elle. Je regrette tout ce qui s’est passé, parce qu’on m’a dit que je ne pourrais plus jamais avoir d’enfants. J’en veux à mes parents."
En vertu de la loi zambienne, toute personne ayant pratiqué un avortement est accusée de meurtre : l’avortement est en effet encore considéré comme une interruption de la vie humaine. Et toute personne reconnue coupable de meurtre est condamnée à perpétuité voire à la peine capitale.














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