"Allez, si vous voulez être immortel, changez le monde. Ne parlez pas de vous-même. Faites quelque chose pour le mieux !", dit Chike Nwagbogu qui, avec son frère Azu, est en train d'œuvrer pour hisser la scène artistique de Lagos à des niveaux plus ambitieux.
Par Peter Vlam, Lagos
Juste au sortir de la rue Awowolo vers Ikoyi, à Lagos, au Nigeria, tous ceux qui s'intéressent à l'art et à la culture peuvent respirer un peu d'air frais. Deux frères gèrent chacun un endroit où l'art et la créativité sont en plein essor.
Chike Nwagbogu gère le Nimbus Art Centre et le Bogobiri Hotel, avec un partenaire. Juste 500 mètres plus bas, se trouvent le siège et la galerie de la African Artists’ Foundation [Fondation des Artistes africains] (AAF), dirigé par son frère Azu Nwagbogu.
"Pour moi, il s'agit de rassembler les gens", affirme Chike. "Cela peut rendre les choses plus grandes que vous n'auriez jamais imaginé."
"Les artistes et les créateurs sont à l'aise dans ces lieux, parce que c'est sans prétention et réel, dit Azu. Ce sont des melting pots d'idées créatives et nous rencontrons constamment les acteurs clés du milieu des arts, cinéma, photographie, littérature, etc..."
"Ces deux endroits sont où nous nous retrouvons tous et nous nous relaxons", affirme Bantou, un musicien. "C'est là que je vois de nouveaux styles et saveurs."
En plus d'offrir un espace de galerie et un studio, l'AAF loge également des artistes et des photographes nationaux et internationaux dans les chambres d'hôtes, et organise le Festival annuel de photographie de Lagos et le Concours national des arts.
Synchronisation
"Le monde semble s'être finalement branché sur la fréquence nigériane. Femi et Seun Kuti, Chimamanda Adichie, Asa, Tola Wewe, Ben Enwonwu, D'Banji, les films de Nollywood, notre industrie de la mode - tout le monde semble l'aimer. La scène artistique de Lagos connaît une sorte de renaissance", dit Chike.
Ces dernières années, les galeries attirent un nombre croissant de visiteurs et des ventes aux enchères connaissent de plus en plus de succès sur le plan commercial. Par exemple, lors d'une vente aux enchères d'œuvres d'art contemporaines, une sculpture en bronze de Ben Enwonwu s'est récemment vendue à 28 millions de Naira (environ 135.000 euros).
"Vraiment, c'est le moment de réfléchir et d'apprendre tout sur notre riche patrimoine culturel et artistique, poursuit Azu. Il y a tant de richesses là dehors et j'espère sincèrement que les gens collectionnent les œuvres d'art qu'ils aiment immédiatement, j'espère également que les collectionneurs se multiplient et commencent à investir dans l'art qu'ils pourraient ne pas avoir apprécié de prime abord."
Au-delà de la souffrance
Chike croit que l'essor artistique du Nigeria est inspiré par la souffrance. "La culture populaire naît souvent de l'oppression et de la souffrance. Et le Nigeria est opprimé. Regardez, des marionnettes de l'armée dirigent encore notre pays. Notre président n'a pas la moindre idée de ce qu'il fait. C'est pathétique. Je veux offrir une tribune aux artistes des plus en colère, créatifs, audacieux qui se trouvent là dehors. Nous avons besoin de changement maintenant, et l'art peut le faire."
L'art a besoin d'un objectif final, selon Chike. "L'art doit avoir un but. Je sais que c'est différent de ce que beaucoup de gens en Occident croient, là-bas l'art est souvent perçu comme étant autonome et personnel. Mais dites-moi, n'avons-nous pas fait assez d'introspection ? Nous avons eu des gens qui se coupaient l'oreille; nous avons fait cet examen introspectif depuis des années et des années. Vous voulez dire quoi d'autre ?"



















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