Des perturbations politiques sur le continent africain et dans certains pays asiatiques ont engendré des milliers de demandeurs d'asile. La plupart, originaires de l'Ethiopie, de la Somalie, du Zimbabwe et du Pakistan, choisissent l'Afrique du Sud comme première destination.
Ils ont la possibilité d'y travailler et d’y étudier en vivant dans les communautés locales. Cependant, le nombre croissant de réfugiés a rendu infernale la vie des demandeurs d'asile désespérés.
Par Thuso Khumalo
Il est 3 heures du matin, l’heure de dormir pour la plupart des gens en Afrique du Sud. Mais pour Gift Nhidza, un demandeur d’asile zimbabwéen de 36 ans et pour des milliers d’autres personnes dans le même cas, le sommeil est un luxe qu’ils ne peuvent s’offrir.
Nhidza est membre d’un des plus importants partis politiques du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
Torturé au Zimbabwe
"J’ai dû m’enfuir du Zimbabwe après avoir été gravement torturé par des agents de sécurité de l’Etat qui m’ont fracturé les deux jambes et abîmé la colonne vertébrale. J’ai déposé une demande d’asile en arrivant en Afrique du Sud mais elle a été refusée. On m’a dit de faire appel de cette décision", explique-t-il.
Depuis, Nhidza passe des nuits blanches dans l’espoir d’obtenir la protection de l’Afrique du Sud. Il fait la queue dès 4 heures du matin devant le centre de réfugiés de Marabastad à Pretoria, la capitale sud-africaine. "Je me lève à 1 heure du matin pour être parmi les 100 premiers à faire la queue", dit-il.
Mais lorsque la foule se précipite devant les portes à 7 heures du matin, Nhidza perd sa place dans la bousculade.
Les longues files d’attente sont dues à la fermeture de deux autres centres de réfugiés et à l’augmentation du nombre de migrants en provenance de l’Ethiopie, de la Somalie, du Zimbabwe et du Pakistan.
"Nous sommes des milliers à faire la queue, certains viennent pour faire renouveler leurs permis de résidence et d’autres pour déposer de nouvelles demandes. Mais seules 100 personnes peuvent être prises en charge par le service chaque jour. Les autres rentrent les mains vides”.
Corruption
Sur le chemin du retour, les nouveaux réfugiés dont le cas n'a pas été examiné sont habituellement arrêtés par la police pour clandestinité. Les plus chanceux peuvent s’en tirer en payant un pot-de-vin de près d'une centaine d'euros alors que les plus malchanceux sont déportés.
Ceux qui ne parviennent pas à renouveler leurs permis à temps à cause des longues files d’attente ou pour d'autres raisons, doivent payer une amende de 291 euros, dont ils doivent s'acquitter avant que tout service ne soit délivré.
Comme la plupart des demandeurs d’asile n’ont pas de travail déclaré, ils ne parviennent pas à rassembler ces sommes exorbitantes et finissent pas abandonner leur demande d’asile, risquant ainsi d’être déportés ou arrêtés.
Nhidza est cependant décidé à poursuivre sa requête en dépit des risques et des frustrations. Il a déjà vu plusieurs fonctionnaires, sans succès jusqu’à présent.
Dernier recours
"J’ai d’abord été agressé par un fonctionnaire pour avoir refusé de payer un pot-de-vin de 146 euros pour arranger mes papiers et maintenant on me dit que mon dossier a disparu. Je ne sais plus quoi faire. Je ne peux même pas avoir un travail déclaré car je n’ai pas de papiers", déplore Nhidza.
Il garde une lettre de l’association de défense des droits de l’homme Lawyers for Human Rights pour se protéger d’une arrestation ou d’une déportation. Nhidza compte désormais frapper à la porte du ministère de l’Intérieur qui, pour l’heure, n’a pas encore apporté de réponses au problème des demandeurs d’asile dans le pays.














Placez votre commentaire