Etait-ce "sabotage" ou "inventaire" ? Une éventuelle erreur de traduction d’un seul mot a peut-être conduit aux accusations de terrorisme portées à l’encontre de Sunny Ofehe, un militant nigérian vivant aux Pays-Bas.
Début 2011, Sunny Ofehe est accusé, aux Pays-Bas, d’avoir voulu faire exploser des oléoducs et par conséquent de conspiration terroriste dans la région pétrolifère du delta du Niger, au Nigeria.
Aujourd’hui, le militant nigérian porte plainte contre le ministère public néerlandais pour usage de faux. Selon lui, le résumé inexact d’une conversation téléphonique en pidgin-english mise sur écoute a été à l’origine des accusations de terrorisme portées contre lui.
Dans une lettre adressée au procureur général néerlandais, Sunny Ofehe et ses avocats, Me Ed Manders et Me Michiel Pennings, affirment que la conversation téléphonique en question portait sur une visite prévue de Mark Schenkel, un journaliste néerlandais au Nigeria. Ce dernier souhaitait qu’Ofehe lui arrange une visite au delta du Niger afin qu’il puisse voir de ses propres yeux les actes de siphonage.
Depuis, Mark Schenkel a été invité à témoigner devant un juge d’instruction. A RNW, qui lui demande s’il avait l’intention de faire un reportage sur des actes de terrorisme, il répond : "Non, je n’ai jamais demandé cela. Le voyage ne s’est jamais fait. Je voulais couvrir et être témoin du siphonage de pétrole." Il se proposait, précise-t-il, d’écrire un article et peut-être de faire quelques photos pour son employeur de l’époque, le NRC Handelsblad, l’un des journaux de qualité des Pays-Bas.
Les traductions
Le passage incriminé du résumé fait par le procureur général qui serait à l’origine des accusations de terrorisme est le suivant :
NN va charger ses hommes de préparer le sabotage des oléoducs situés près d’Ekpoma… Ofehe a l’intention de faire des enregistrements de toute l’opération.
Au moment où des accusations de terrorisme sont portées contre Sunny Ofehe, ses avocats demandent à avoir accès aux bandes d’écoute. Lors de l'écoute des enregistrements, ils constatent qu'il il n’y a aucune mention de sabotage, et ils demandent une nouvelle traduction du bureau du procureur. Qui est la suivante :
Nous irons là-bas pour faire l’inventaire (des lieux)… Tu comprends. Tu vas faire l’inventaire. Tu vas prendre toutes tes photos… Je vais mobiliser mes hommes.
"Finalement, nous avons été autorisés à écouter les enregistrements et la preuve n’y figure tout simplement pas", dit Me Manders à RNW. "Tout ce qui avait été interprété en premier lieu comme une demande de préparation d’actes de sabotage d’oléoducs près d’Ekpkoma, se traduit maintenant comme un "inventaire" des lieux, poursuit-il.
Le terme de "sabotage" est invariablement utilisé dans les rapports sur le siphonnage de la Royal Dutch Shell, le principal groupe pétrolier au Nigeria, lorsque des voleurs présumés sont soupçonnés d’avoir perforé des oléoducs pour siphonner du pétrole.
Meilleure compréhension
Cette nouvelle phase dans un procès qui semble se perdre dans des questions de traduction erronée permettra peut-être de mieux comprendre pourquoi Sunny Ofehe, fondateur de la campagne Espoir pour le delta du Niger, a été accusé d’avoir comploté des actes terroristes.
Sunny Ofehe et ses avocats ont accusé trois personnes d'usage de faux: le procureur chargé de l’affaire, le fonctionnaire de la police qui a rédigé le procès-verbal du délit et le traducteur des appels téléphoniques en pidgin-english mis sur écoute.
Le bureau du procureur a accusé réception de la lettre de Sunny Ofehe et va maintenant ouvrir une enquête pour savoir s’il y a eu infraction pénale. Réagissant à une question de Radio Nederland sur la compétence des traducteurs et des interprètes utilisés, un porte-parole du ministère public déclare : "Nous faisons appel à des traducteurs assermentés ; nous ne mettons pas en doute leurs compétences."














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