Aux Pays-Bas, les premières réactions concernant l’accord obtenu par les leaders européens afin de sauver l’euro ont été mi-figue, mi-raisin. Les banques néerlandaises sont sceptiques, le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte a parlé de "grand pas en avant".
"Je pense que la force de l’accord d’aujourd’hui consiste en ce que tous les quatre points importants y figurent : les banques, le fonds d’urgence, la Grèce bien évidemment, et l’accord solide entre les pays qu’ils sont obligés de s’en tenir aux règles".
Mark Rutte faisait partie des 17 leaders de la zone euro qui se sont rendus mercredi soir à Bruxelles pour un sommet extraordinaire. C’est à 4 heures du matin que les dirigeants sont sortis de la réunion pour affirmer qu’ils s’étaient mis d’accord sur tout un train de mesures destinées à aider la Grèce à sortir de la crise et à reprendre confiance en l’euro.
Les accords
Les banques ont accordé un renoncement de leurs créances à la Grèce à hauteur de 50%. Et le fonds d’urgence de la zone euro, appelé le Fonds européen de stabilité financière (FESF), aura à sa disposition un milliard d’euros (plus du double de son montant actuel). Athènes recevra en outre de nouveaux prêts de l'Europe et du FMI de 100 milliards d'euros également d'ici à fin 2014, dans le cadre d'un programme qui remplace celui de 109 milliards d'euros décidé en juillet.
Les banques néerlandaises font partie de celles qui vont y perdre à court terme, car elles devront annuler 50% de leurs créances à la Grèce. Comment feront-elles cela ? On ne le sait pas encore. Mais les marchés ont ouvert à la hausse ce jeudi en signe de réaction positive à cet accord.
Peur d’une crise du crédit
Boele Staal, directeur de l’Association néerlandaise des banques, a déclaré avoir déjà tenu compte de l’annulation de la dette grecque. Mais il a également affirmé que le secteur bancaire était inquiet dans la mesure où aucune autre action ne serait prise rapidement.
"Avec cet accord, c’est le minimum qui a été fait en réponse à ce symptôme. Mais je suis encore très pessimiste en ce qui concerne l’origine de la crise, comment ces dettes gouvernementales ont pu arriver".
Staal craint une crise du crédit similaire à celle des Etats-Unis en 2008, dans laquelle les banques risquent d’être victimes d’un manque de confiance.
Han de Jong, économiste en chef d’ABN-Amro, banque dont l’Etat néerlandais est le plus grand actionnaire, a également ses doutes. Il pense que l’Europe fait la même erreur que le Japon en se concentrant exagérément sur le budget de la Grèce, et pas suffisamment sur les problèmes structuraux de l’économie grecque.
De Jong pense que cet accord est un peu trop mince pour redonner confiance aux investisseurs néerlandais envers l’euro.
Les Pays-Bas se sont profilés en avocat plaidant pour plus de supervision et plus d’autorité centrale pour la politique monétaire européenne, rejoignant en cela le point de vue de l’Allemagne.
Premier pas
La chancelière allemande Angela Merkel était également satisfaite du résultat. "Je pense que nous avons été capables de répondre aux attentes, ce que nous avons fait de la bonne manière pour la zone euro, et ceci nous mène vers une bonne solution."
Angela Merkel est consciente que cet accord, bien qu’encensé par les marchés, ne signifie pas la fin de la crise autour de l’euro. Il reste encore deux grandes questions à résoudre.
La première est l’Italie. De tous les pays faisant la pression sur l’euro (les autres étant la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande), l’Italie en a fait le moins pour contrer ces problèmes. Le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, a pu présenter jeudi soir des propositions pour faire des réformes mais n’a pas été en mesure de présenter des résultats. Le mois prochain sera un mois crucial pour l’Italie qui commencera à mettre en place ces réformes.
Fonds d’urgence
La deuxième question concerne l’augmentation du fonds d’urgence à concurrence d’un milliard d’euros. Cette augmentation était nécessaire pour aider les autres pays que la Grèce. Mais même ce milliard d’euros ne sera pas nécessaire pour tirer d’affaire l’Italie si cela s’avère nécessaire. Des questions subsistent également sur la manière de trouver cet argent pour renflouer le fonds et sur la manière de l’utiliser.
La France et les pays méridionaux souhaitent que la Banque centrale européenne puisse avoir accès à ce fonds, mais l’Allemagne s’y oppose, affirmant qu’il n’est pas souhaitable de mettre entre les mains d’un seul organisme un pouvoir de décision monétaire et politique.
Ivo Arnold, économiste néerlandais, pense que l’accord constitue un pas dans la bonne direction.
"C’est bien qu’ils soient arrivés à quelque chose. Même si ce n’est pas un tir de bazooka, mais plutôt un mitraillage de mesures".
Les leaders européens n’ont pas beaucoup de temps pour reprendre leur souffle – le G20 se réunit à Cannes les 3 et 4 novembre. Les autres leaders mondiaux iront chercher auprès de leurs collègues européens des signes rassurants pour savoir comment l’Europe aura pu réussir à gérer sa propre crise.















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