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les Black Duthmen servant pour l'armée néerlandaise
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Hilversum, Pays-Bas
Hilversum, Pays-Bas

A la recherche des Black Dutchmen

Publié le : 15 octobre 2010 - 4:25pm | Par Hélène Michaud (photo Blog Londoh)
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La scène est tout à fait confuse, même pour ceux qui sont à l’aise dans un environnement multiculturel : des hommes grands, noirs, frisés en habits africains ; des petites femmes au nez plat, fragiles, à peau noire, drapées de couleurs asiatiques ; les jeunes à la peau claire, au look un plus méditerranéen, et puis les Caucasiens, aux cheveux plus clairs.

Ils ont tous en commun leurs racines indo-africaines.

Les Black Dutchmen

Les Black Dutchmen sont les descendants de 3.000 hommes d’Afrique de l’Ouest, jeunes et sains, qui avaient été "achetés" par l’armée coloniale néerlandaise afin qu’ils favorisent le peuplement de ce qui est de nos jours l’Indonésie. Ils ont reçu la nationalité néerlandaise, des noms néerlandais et la plupart des privilèges des maîtres coloniaux. On pense que le plus grand contingent d’entre eux ont été recrutés sur des marchés d’esclaves à Kumasi, la capitale du royaume Ashanti, devenu le Ghana. Nombreux sont ceux qui ont choisi de s’installer à Java et ont épousé des Indonésiennes. Leurs fils ont continué à servir dans l’armée coloniale jusqu’à l’indépendance de l’Indonésie. Les Balanda Hitam, ou Black Dutchmen, ont ensuite navigué vers les Pays-Bas, leur patrie qu’ils n’avaient jamais connue. Le groupe le plus important (entre 500 et 750) vit actuellement aux Pays-Bas, il y a 15 familles aux Etats-Unis, quelques-uns habitent au Canada, 4 au Brésil et 200 en Indonésie.

A peu près tous les deux ans, les Balanda Hitam, connus désormais sous le nom de Black Dutchmen (Néerlandais noirs) aux Pays-Bas, se rassemblent pour célébrer leur histoire particulière. Ils sont 150 à s’être réunis pour partager leurs récits sur leurs ancêtres communs, accompagnés par de la musique africaine, de la nourriture indonésienne et un spectacle de mode indo-africain.

Notre histoire
Les racines africaines ont été longtemps dissimulées. Est-ce la honte ou bien le désir de se mêler à la société néerlandaise qui a empêché quelque part les Indo-Africains de révéler leur secret ?

"C’est notre histoire, raconte Joyce Cordus. Elle est encore très peu connue aux Pays-Bas", malgré les nombreux livres qui ont été écrits sur les Black Dutchmen. Son père Daan Cordus, 89 ans, est l'un des doyens du groupe. Ces dernières décennies,  il a rassemblé des informations sur leur passé commun. Aujourd’hui, Joyce a repris le poste de son père et préside leur association.

Comme elle, les jeunes membres de la 5e génération veulent comprendre pourquoi ils se sentent différents dans la société néerlandaise. "Ils se posent des tas de questions et nous devons trouver d’autres moyens de nous retrouver". Joyce a l’intention d’utiliser les plates-formes des médias sociaux comme Facebook, son équivalent néerlandais Hyves, et Twitter.

Peu de documents historiques
Il y a très peu de documents historiques écrits sur leur histoire. Joyce raconte qu’elle aimerait savoir comment les Africains qui se sont installés en Indonésie ont vécu leur existence de "pas entièrement Indonésien, pas entièrement Néerlandais, pas entièrement Africain, seulement un mélange, et ce que cela signifiait pour eux en tant qu’individus et que parents".

Joyce Cordus est fière que son père ait fait des recherches sur leur histoire et qu’il les ait aidés à fonder leur association.

L’un d’entre eux
En Afrique, l’histoire des trois continents doit encore être racontée. Yaw Ohene-Dankwa, venant du Ghana, assiste au rassemblement aux Pays-Bas pour travailler sur un documentaire à ce sujet. Alors que les Ghanéens connaissent leurs frères et sœurs des Indes occidentales, l’histoire de la diaspora des Indes orientales leur est encore inconnue.

Il explique qu’il est ému d’entrer dans le hall et de voir ce mélange de personnes aux traits asiatiques et africains. "J’ai l’impression que je suis l’un d’entre eux alors que je suis un Ghanéen 100%. Comment peut-on perdre sur la Terre tous ces frères et sœurs qui sont si attachés à l’Afrique ?"

Angeline Baron Hill
Angeline Baron Hill
Il écoute attentivement Angeline Baron Hill, vraisemblablement la personne la plus noire parmi les 150 personnes présentes, qui lui raconte son histoire. Il y a quelques années, elle disait qu’elle était fière ne n’avoir pas du tout de sang européen. Et elle le reste. Angeline n’a jamais vécu en Afrique, mais elle se souvient qu’elle s’est immédiatement sentie chez elle quand elle s’est rendue au Ghana. Elle raconte que les gens qu’elle a rencontrés sur le marché lui faisaient penser à ses oncles et ses tantes, et elle pensait qu’elle était "l’une des leurs". Angeline a décidé d’acheter un bout de terrain là-bas.

Quand on lui demande ce qui est africain en elle, Maureen, la fille d’Angeline, répond : "Nous sommes tous extravertis, nous aimons avoir des gens et de la famille autour de nous, nous sommes sans cesse dehors, nous aimons notre nourriture, et nous faisons beaucoup de bruit !" Maureen a remarqué que ces enfants ados à la peau légèrement teintée commençaient à lui poser des questions sur leurs racines, et essaient de se mêler avec des personnes de cultures différentes.

Moins d’immigrants
Avec leurs origines mixtes, on pourrait penser que Maureen et Angeline se font quelque souci sur les nouveaux projets du gouvernement néerlandais de réduire de moitié le nombre d’immigrés dans le pays. Il n’en est rien.
"Ils nous traitent comme des étrangers mais nous ne nous sommes jamais sentis étrangers. Cela ne m’affecte pas personnellement", insiste Angeline.

Joyce Cordus, d’un autre côté, réagit de manière épidermique à la question de savoir comment elle perçoit le courant anti-immigrant dans la politique néerlandaise. "C’est terrible. J’ai le sentiment d’être attaquée. Je me fais du souci pour mes deux petits-enfants. Dans quel pays vont-ils grandir, qu’ont appris les Néerlandais de leur propre histoire ? Ces gens qu’ils attaquent, la plupart sont venus ici car ils n’avaient pas le choix, comme la plupart des Indonésiens qui sont venus ici. Cela me rend furieuse. Les gens comme nous devraient peut-être se rassembler sur ce thème et réfléchir à la manière de faire changer le cours des choses, car ainsi ce n’est correct."
 

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