Sammy Baloji
L’œuvre du photographe congolais Sammy Baloji présente une réflexion autour de la mémoire et des vestiges de la colonisation belge de son pays. Ces photos constituent de véritables montages, dans lesquels il mêle images du passé et du présent.
L’exposition de photos de Sammy Baloji s’inscrit dans le cadre de Allez Congo !, un festival ayant lieu actuellement à Amsterdam.
Quelle est l’opinion que se font les Africains de l’indépendance ? Nous nous sommes aperçu, ces deux derniers mois, qu’elle n’est pas très positive.
"La Somalie serait assurément un pays plus sûr si nous étions à nouveau sous domination coloniale. Parfois j’aimerais que des étrangers viennent ici tuer tout le monde en Somalie, pour qu’on puisse tout recommencer à zéro".
Le verdict d’Anab Abdi Ahmed, 23 ans, sur l’indépendance de la Somalie n’est pas exactement ce qu’on qualifierait de tendre. Et elle n’est pas la seule à penser ainsi.
Célébrer la corruption
Isaac Shaahu,, un ancien homme politique de 75 ans, est "démoralisé" par la situation politique actuelle au Nigeria et ne voit pas ce qu’il pourrait célébrer. "50 ans de corruption ou des élections truquées peut-être ?"
Et Carlos Mpela, 78 ans, de la République démocratique du Congo, aimerait à tout moment inviter l’ancienne puissance coloniale belge à donner un nouvel élan au pays, qui, comme il dit, "descend tout droit dans l’enfer".
N’est-ce pas le pire verdict que puissent entendre des dirigeants africains ? Ne s’attendrait-on pas à ce que les gens soient fiers de leur liberté recouvrée ? L’historien Stephen Ellis reconnaît que la souveraineté des Etats africains n’a pas été en général un succès.
Trompeuse
"Il y a 50 ans, le concept d’indépendance a été présenté aux Africains et au reste du monde d’une façon très trompeuse. La véritable indépendance n’existe pas. Tous les pays sont d’une certaine façon liés les uns aux autres, que ce soit au niveau financier ou au niveau du changement climatique. Les Pays-Bas ne sont pas non plus un pays indépendant."
"A l’époque, poursuit Stephen Ellis, la souveraineté était présentée comme si les pays africains pouvaient prendre des décisions les concernant sans l’ingérence de qui que ce soit. C’était complètement irréaliste. Ce qui est une erreur, ce sont les termes du débat. L’indépendance et la souveraineté sont deux choses très différentes."
Cela pourrait expliquer pourquoi Fatou Thiam (29 ans), du Sénégal, "ne se sent toujours pas indépendante à 100%".
Décolonisation de l’esprit
Une chose qu’on oublie souvent, selon Stephen Ellis, c’est ce qu’il appelle la "décolonisation de l’esprit" : les gens ne devraient pas rejeter leur passé, mais en assumer la responsabilité.
Plus facile à dire qu’à faire, avec plusieurs générations se chargeant mutuellement d’améliorer les choses. "Nos dirigeants ont dormi", se plaint Bachir Mbengue, 51 ans, du Sénégal. "Nos fils ne nous écoutent pas", rétorque Isaac Shaahu, du Nigeria.
Cercle vicieux
Stephen Ellis reconnaît qu’il n’est pas facile de rompre ce cercle vicieux. "C’est un sentiment profondément ancré en Afrique, selon lequel les Africains, quand leurs pays ont été colonisés, ont perdu le contrôle des forces qui façonnaient leur vie. Ils n’ont jamais réussi à ravoir ce contrôle. Ce que vous voyez actuellement, c’est qu’il y a toutes sortes de mouvements qui émergent en Afrique, particulièrement dans le domaine de la religion – des mouvements par lesquels les gens essaient de reprendre le contrôle des forces qui d’après eux façonnent leur vie".
Ou bien, comme le dit Edouard Takadji, du Tchad : "Dieu est grand. J’espère que les choses vont changer un jour."















Placez votre commentaire